Monsieur Dumollet
Bon voyage, cher Dumollet,
A Saint Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, cher Dumollet,
Et revenez si le pays vous plaît.
Peut-être un jour une femme charmante
Vous rendra père aussi vite qu’époux ;
Tâchez, c’te fois, qu’personne ne vous démente
Quand vous direz que l’enfant est à vous…
Bon voyage, cher Dumollet,
A Saint Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, cher Dumollet,
Et revenez si le pays vous plaît.
Si vous venez voir la capitale, (ou Mais si vous allez voir la capitale,)
Méfiez-vous des voleurs, des amis,
Des billets doux, des coups, de la cabale,
Des pistolets et des torticolis.
Bon voyage, cher Dumollet,
A Saint Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, cher Dumollet,
Et revenez si le pays vous plaît.
Là vous verrez les deux mains dans les poches,
Aller, venir des sages et des fous,
Des gens bien faits, des tordus, des bancroches,
Nul ne sera jambé si bien que vous.
Bon voyage, cher Dumollet,
A Saint Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, cher Dumollet,
Et revenez si le pays vous plaît.
Des polissons vous feront bien des niches ;
A votre nez riront bien des valets ;
Craignez surtout les barbets, les caniches,
Car ils voudront caresser vos mollets.
Bon voyage, cher Dumollet,
A Saint Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, cher Dumollet,
Et revenez si le pays vous plaît.
L’air de la mer peut vous être contraire ;
Pour vos bas bleus les flots sont un écueil ;
Si ce séjour, enfin, sait vous déplaire,
Revenez-nous avec bon pied, bon oeil !
Bon voyage, cher Dumollet,
A Saint Malo débarquez sans naufrage ;
Bon voyage, cher Dumollet,
Et revenez si le pays vous plaît.
Dumollet :
Allez au diable et vous et votre ville,
Où j’ai souffert mille et mille tourments,
(Au public)
Il vous serait cependant bien facile
De m’y fixer, Messieurs, encor longtemps.
Pour vous plaire, je suis tout prêt
A rétablir ici mon domicile.
Faites connaître à Dumollet,
S’il doit rester ou faire son paquet.